Site Historique autour de la Musique Techno à Berlin
Pourquoi le tracé actuel de Rave The Planet ?
Comprendre les spécificités des manifestations à Berlin

En 2022, la parade Rave The Planet marquait le grand retour de l’esprit de la Love Parade, réunissant près de 300 000 personnes dans les rues de Berlin. Cette année‑là, le parcours empruntait une partie du tracé historique de la Love Parade (1989–1995) sur le Ku’damm, avant de rejoindre le tracé emblématique de 1996 à 2006 autour de la porte de Brandebourg.
Pourtant, dès 2023, le tracé change : la parade se déroule uniquement sur l’avenue du 17 Juin, entre la porte de Brandebourg et la colonne de la Victoire. Pourquoi ce changement ? Comment l’expliquer ? C’est ce que nous allons détailler.
Nous vous conseillons de lire notre article de présentation de Rave The Planet : https://berlintechnonarrative.com/index.php/fr/site-historique-autour-de-la-musique-techno-a-berlin/rave-the-planet
Et nous vous conseillons également cet article sur la Love Parade : https://berlintechnonarrative.com/index.php/fr/site-historique-autour-de-la-musique-techno-a-berlin/love-parade
Enfin, découvrez notre guide sur les tracés et l'histoire ici et le livre reprenant l'histoire de Love Parade ici.
Comprendre le choix d’un tracé :
un compromis avec les autorités
Une manifestation ne peut pas être refusée… mais elle peut être encadrée
À Berlin, comme ailleurs en Allemagne, une manifestation est un droit constitutionnel. Les autorités ne peuvent pas l’interdire, mais elles peuvent en encadrer les modalités. Le tracé est donc défini en coopération avec la ville et la police, qui doivent garantir :
-
l’accès des secours,
-
la gestion des flux,
-
la sécurisation des rues,
-
la présence de toilettes,
-
la gestion des déchets.
Les tracés officiels sont d’ailleurs consultables sur le site de la police de Berlin.
Berlin, capitale des manifestations
Chaque semaine, Berlin accueille des dizaines de manifestations : marches, rassemblements statiques, parades festives, cortèges musicaux, défilés à pied, en camion ou à vélo. Certaines sont politiques, d’autres festives, d’autres encore purement musicales.
Les lieux les plus utilisés sont :
-
Alexanderplatz,
-
la porte de Brandebourg,
-
la colonne de la Victoire.
Mais toutes n’y passent pas, notamment les plus petites.

Les parades musicales : des événements très encadrés
Quelques chiffres pour situer l’ampleur des événements :
| Événement | Fréquentation maximale |
|---|---|
| Zug der Liebe | 17 000 personnes |
| Hanfparade | 10 000 personnes |
| Manifs anti‑gentrification | 10 000 à 50 000 personnes |
| Petites parades techno | 10 000 personnes environ |
Ces cortèges, souvent accompagnés de camions sonorisés, traversent la ville en évitant autant que possible les zones commerçantes et les quartiers sensibles.
Les grands événements berlinois :
entre fierté et contraintes
Karneval der Kulturen
Événement multiculturel majeur, il attire régulièrement plus d’un million de personnes (jusqu’à 1,5 million certaines années). Son tracé vise à mettre en valeur la ville, et bénéficie d’un soutien politique fort.
Christopher Street Day (CSD)
Avec 700 000 à 1 million de participants, le CSD rencontre des difficultés croissantes pour définir un tracé acceptable. Les organisateurs souhaitent passer par le quartier LGBTQ+ autour de Nollendorfplatz, mais les commerçants de Wittenbergplatz et du Kudamm se plaignent du bruit et des déchets. Sans cette dimension symbolique, le CSD serait probablement, lui aussi, cantonné à un espace unique comme l’avenue du 17 Juin.
Retour sur la Love Parade : un héritage lourd à gérer
-
1989 : 150 personnes défilent de Wittenbergplatz à Adenauerplatz via le Ku’damm.
-
1995 : 500 000 participants, des scènes iconiques de danseurs sur les arrêts de bus, ou sur les lampadaires de la ville … et des commerçants excédés. Un centre de ville de Berlin-Ouest noir de monde....
-
1996–2006 : le tracé est déplacé vers le Tiergarten pour limiter les nuisances et permettre une meilleure évacuation. Le parcours de 8 km entre Ernst‑Reuter‑Platz, la colonne de la Victoire et la porte de Brandebourg devient la norme. En 1999, la parade atteint 1,5 million de personnes.

2022 : Rave The Planet dépasse toutes les attentes
Personne ne s’attendait à voir 300 000 personnes dans les rues. Le début du parcours était relativement calme, mais la foule s’est densifiée au fil du trajet. À Potsdamer Platz puis à la porte de Brandebourg, les autorités ont compris que la parade n’était plus un petit événement festif.
L’avenue du 17 Juin était noire de monde. Les autorités ont alors demandé d’arrêter la parade plus tôt que prévu, par crainte d’un engorgement dangereux. La parade s'est arrêtée à 100m de la colonne de la victoire.
2023 : un tracé imposé par sécurité
Pour l’édition 2023, la police a insisté pour que la parade se déroule uniquement sur l’avenue du 17 Juin. Il était même question d’installer des grillages pour empêcher l’accès au parc du Tiergarten. Après négociation, Rave The Planet a évité cette mesure.
L'édition 2022 l'a prouvée, les rues du centre ouest ne sont plus adaptées pour un évènement de cette taille. De plus en 2023 certains travaux sur le Ku'damm réduisaient certains passages.
Pourquoi ne pas utiliser toute l’avenue du 17 Juin ?
Parce que la partie allant vers Ernst‑Reuter‑Platz est en travaux jusqu'en 2029. Impossible d’y faire passer des chars et des centaines de milliers de personnes.
Les dégâts autour de la colonne de la Victoire
En 2023, les pelouses et les buissons autour du monument ont été fortement piétinés. L’organisme responsable de la colonne de la Victoire a donc décidé d’installer des barrières pour les éditions 2024 et 2025.
Cet organisme, qui gère le monument dans le cadre d’un partenariat public‑privé, pose également une autre difficulté : il refuse désormais toute installation d’un final sur ses pelouses, comme celui que la colonne de la Victoire accueillait à l’époque de la Love Parade. Ce type de gestion tend à privilégier des considérations économiques et patrimoniales, au détriment d’un usage plus ouvert et communautaire de l’espace.
Une boucle réduite… mais temporaire
Aujourd’hui, la parade tourne en boucle entre la colonne de la Victoire et la porte de Brandebourg, soit environ 4 km. C’est moins que les 8 km historiques, mais c’est un compromis nécessaire pour :
-
concentrer les forces de l’ordre,
-
faciliter l’accès des secours,
-
gérer les déchets,
-
éviter les zones sensibles.
Dès la fin des travaux en 2029, le tracé pourra de nouveau s’étendre jusqu’à Ernst‑Reuter‑Platz.
L'avantage de ce tracé par les beaux jours, c'est que si vous avez besoin de vous poser et reposer, vous pouvez aller dans le parc Tiergarten sur les nombreuses pelouses et revenir danser après.
L'autre avantage qui permet aussi de réaliser cet évènement de masse vis à vis des autorités et que cette solution apportée en 1996 jusqu'en 2006 pour la Love Parade démontre que l'évacuation est possible par le parc en cas de trop grosse affluence et mouvement de foule.
En effet il reste dans la tête de certains les images horribles de 2010 à Duisburg suite à différentes circonstances malheureuses dont le choix d'un terrain vague coincé entre une autoroute et une gare de triage avec pour seul accès un tunnel et une rampe bien plus étroits qu'est l'avenue du 17 Juin.

Une manifestation avant tout
Rave The Planet reste une manifestation politique, où l’on danse pour revendiquer. Les messages sont d’ailleurs diffusés entre les sets sur les chars. Rave The Planet nous explique sur son site « La parade Rave The Planet n’est pas une fête : c’est une manifestation pacifique et un mouvement culturel. Elle perpétue l’héritage de la Love Parade, une démonstration en faveur de la paix, du respect et du vivre‑ensemble dans une société diverse. C’est un espace où la musique électronique rassemble les gens et donne de la visibilité à nos valeurs et à nos convictions. »
La densité de la foule explique aussi la lenteur du cortège : plus on se rapproche des 400 000 personnes, plus l’avancée devient difficile.
Pour rappel :
-
1999 : 1,5 million de personnes sur 8 km.
-
Aujourd’hui : 300 000 à 400 000 personnes sur 4 km. Le “demi‑tracé” peut donc accueillir environ 750 000 personnes si on regarde la fréquentation de 1999.
Plus on sera de monde, moins vite les chars défileront! C'est ce qu'on peut voir sur les vidéos des Love Parade très connues entre 1997 et 1999 ou les nombreux danseurs remplissaient l'avenue.
Il reste donc de la place, et cet effet de boucle répétitive s'atténuera avec la croissance du nombre de participants.
En 2029 lors du tracé complet, et selon la fréquentation , il se peut même qu'une seule boucle se fasse.
En bref et en conclusion, faire une parade dans les rues commerçantes comme entre 1989 et 1995 n'est plus possible à ce jour.
Berlin a cette chance d'avoir cette avenue mythique. Les travaux sur sa seconde partie empêche malheureusement la réalisation complète du parcours mythique de 1996 à 2006.
Nous vous conseillons vivement de venir à la prochaine parade Rave The Planet le 15 Août 2026!
https://www.ravetheplanet.com/en/events/rave-the-planet-parade-2026/
- Détails
- Clics : 38
Leipziger Platz : du temple du commerce au berceau de la techno
126/128 Leipziger Straße 126 a , Berlin
À l’angle nord-est de la Leipziger Platz, là où se dresse aujourd’hui la Mall of Berlin, s’étendait autrefois l’un des plus impressionnants symboles du Berlin d’avant-guerre : le grand magasin Wertheim. Plus qu’un simple lieu d’achat, c’était une vitrine de modernité, un marqueur de statut, et un espace où la capitale impériale exposait ses ambitions.

Une des portes du Trésor original exposée devant le Trésor actuel
La naissance d’un géant
Lorsque Georg Wertheim, pionnier du commerce moderne, fit construire son magasin à la fin du XIXᵉ siècle, il s’inspirait directement du concept américain de grand magasin apparu dans les années 1850. À Berlin, la concurrence était féroce : Karstadt, Tietz, Jandorf… Mais Wertheim voulait frapper fort.
Entre 1896 et 1906, l’architecte Alfred Messel érigea un édifice monumental en trois phases, bientôt prolongé par un quatrième agrandissement signé Heinrich Schweitzer en 1911-1912. Le bâtiment occupait une surface de 27 000 m² et s’étendait jusqu’à la Voßstraße, avec une façade de 240 mètres sur la Leipziger Straße et 90 mètres supplémentaires sur la Leipziger Platz.
Une architecture et une technologie spectaculaires
À l’intérieur, tout était conçu pour impressionner. L’atrium central, baigné de lumière, s’élevait sur plusieurs étages, orné de lustres suspendus à vingt-cinq mètres de hauteur. Les visiteurs pénétraient dans un univers où le luxe se mêlait à la prouesse technique :
-
un bureau de poste interne parcouru de cinq kilomètres de tubes pneumatiques pour acheminer les commandes,
-
des ascenseurs dernier cri,
-
des murs décorés de céramiques fournies par la prestigieuse manufacture impériale de Cadinen,
-
et surtout 105 000 ampoules électriques, alors que l’électrification de la ville n’en était qu’à ses débuts.
En 1910, l’empereur Guillaume II lui-même visita le magasin lors de l’inauguration d’un agrandissement, un geste qui valida définitivement l’idée qu’ici, toutes les classes pouvaient se croiser – de l’aristocrate en gants blancs à l’ouvrier venu s’offrir une pièce rare.
Un lieu de vie avant tout
Le Wertheim n’était pas seulement un temple du commerce : c’était un véritable lieu de vie. On y trouvait un jardin d’hiver agrémenté de fontaines, un restaurant élégant, des salons de lecture, et même des espaces pour enfants. Les Berliners venaient parfois simplement pour flâner, admirer les vitrines ou profiter des spectacles et concerts organisés dans le grand hall.
Dans un article de 1928, un journaliste décrivait ainsi sa place dans la vie de la ville :
« Plus que toute autre atmosphère cultivée, Wertheim a garanti le progrès face à tous les autres magasins : il n’existe pas de société berlinoise qui n’achète pas ici… »
À son apogée dans les années 1920, avec 70 000 m² de surface de vente et 112 000 m² de planchers exploitables, il était le plus vaste grand magasin d’Europe, rivalisant même avec Harrods à Londres.
La fin d’une ère
Pourtant, cette prospérité ne devait pas durer. En 1937, le propriétaire juif Georg Wertheim fut spolié par les nazis dans le cadre de la politique d’aryanisation. Ce fut la fin d’un symbole de modernité cosmopolite et d’ouverture sociale à Berlin. Les destructions de la guerre et la division de la ville firent le reste. Les ruines furent rasées dans les années 1950, laissant place à un terrain vague pendant plusieurs décennies.
Et c’est dans les entrailles de cet ancien temple du commerce que, bien plus tard, allait naître une autre légende : le premier Tresor, ouvert en 1991 dans les anciens coffres-forts de la banque seul vestige alors de ce centre commercial...
Mais ça, c’est une autre histoire – et elle se raconte en basses profondes et en stroboscopes. Vous la retrouverez, avec bien d’autres, dans le guide Berlin Techno Narrative, un voyage immersif au cœur des lieux, des sons et des légendes de la culture techno berlinoise...
- Détails
- Clics : 551
Köpenicker Straße 50
Ici si comme pour un autre lieu du site, je parle de l'adresse et pas d'un club, c'est que cette adresse a été l'accueil de différents clubs. Cette ancienne usine avait son adresse sur la grande rue, mais la construction des nombreux immeubles et l'utilisation des bâtiments du fond de la cour on fait créer une rue : Wilhelmine-Gemberg-Weg . Le bâtiment restant se situe au 11 de cette rue.
Köpenicker Straße 50 : d’usine à savon à temple de la fête
Bien avant d’abriter des clubs mythiques comme le Planet ou le Kater Holzig, le terrain du 50 Köpenicker Straße, au bord de la Spree, a connu plus d’un siècle d’histoire industrielle.
En 1871, l’entrepreneur Wilhelm Riedel acquiert ce long terrain au bord de l’eau, déjà doté d’une canalisation, et y installe une grande teinturerie mécanique. L’eau plus douce de la Spree est alors un atout pour les procédés de teinture, et l’évacuation des eaux usées se fait sans polluer le fleuve.
En 1880, un imposant bâtiment de cinq étages est érigé, avec son escalier-tour percé pour accueillir une horloge. Malgré un projet municipal d’ouvrir une promenade sur les berges, Riedel conserve l’usage du site, tout en investissant dans un second terrain à la Mühlenstraße, loué à d’autres industriels.
Parallèlement, le lieu accueille aussi la Bleirohrfabrik Bergmann & Franz, fondée en 1874 sur le site voisin. Spécialisée dans les tuyaux en plomb et les fournitures de canalisation, la société joue un rôle majeur dans la mise en place de l’égout berlinois au XIXᵉ siècle, avant de déménager en 1889.
La teinturerie Riedel fonctionne jusqu’aux années 1930, puis le site est réaffecté après 1945 à des usages de stockage pour le VEB Kombinat Großhandel WtB (Waren des täglichen Bedarfs) sous la RDA. Ce passé industriel, marqué par l’odeur du savon et des teintures, explique le surnom ultérieur de “Seifenfabrik” / usine à savon.

Des quais en fête : voyage dans la mémoire des open-airs berlinois
Une friche industrielle, terrain de liberté
Sur les bords de la Spree, entre ruines industrielles et cité, s’est dessinée une histoire nocturne singulière. En avril 1991, l’usine à savon devenait le Planet, puis bien plus le Kater Holzig, non pas des clubs comme les autres, mais des espaces dénués de trace formelle, gratuits de toute publicité, sombres, puissamment sensoriels.
À proximité, se sont implantés des lieux comme la Rampe et le Lichtpark, incarnant une esthétique du “conscious clubbing” : bois, sable, techno électronique, convivialité, et atmosphère détendue en plein air.
La Rampe : plage, musique et liberté
Ouverte en mai 2015, la Rampe proposait une expérience bohème très “Berlin” : DJs, bois, sable, soleil, palmiers (ou presque), et cette célèbre invitation à la fête spontanée au bord de l’eau .
Ce lieu éphémère jouait pleinement avec l’environnement — idéal pour danser, traîner, faire une pause — tout en pressentant que son avenir resterait fragile face à l’urbanisation galopante. L'entrée ne se faisait pas d'ailleurs par la Köpenickerstrasse mais par la Michaelkirchstrasse aux abords de la Spree et du pont Michaelbrücke.

L'accès au Rampe était encore visible en 2019
Lichtpark : electro et esprit de communauté
Juste à côté de l’ancien Kater Holzig, le Lichtpark offrait une plage festive au bord de la Spree : musique électronique, souvent mélodique, prix abordables, entrée gratuite (sauf événements spéciaux), décor simple mais convivial .
Il a animé les nuits berlinoises jusqu’à sa fermeture en août 2014 .
Kater Holzig : héritier de Bar 25
Après la fermeture du Bar 25 en 2010, ce lieu mythique du contre-paysage berlinois, ses fondateurs ont repris les rênes à l’ancienne usine à savon, inaugurant le Kater Holzig. Il a perpétué un esprit libre, poétique et collectif, et connu un grand succès jusqu’à sa fermeture début 2014 . On vous parle de ce lieu dans notre guide.
Le propriétaire a choisi de le remplacer par des appartements de luxe sur pilotis face à la Spree, symbole d’une gentrification triomphante , la dépollution est estimée à plus de 250 000 € avant de céder la place à des projets immobiliers de luxe.
Éphémère entre béton et mémoire
Ces lieux, friches boisées, beach-clubs électro, raves psychédéliques, formaient un paysage urbain en mouvement, où la fête et la création restaient hors des sentiers balisés. Leur disparition met en lumière une tension croissante entre culture libre et développement urbain, entre liberté artistique et profits immobiliers.
À noté, à proximité se trouvait également l’ancien Kiki Blofeld, un autre bar de plage installé sur le toit de la cale à bateaux.
Pour revivre l’histoire de ces espaces ; Rampe, Lichtpark, Kater Holzig, Planet et tous les autres fantômes nocturnes — et comprendre l’éphémérité volontaire qui les caractérise, je vous invite à découvrir mon guide complet. Laissez-vous transporter au cœur d’un Berlin vibratoire, effacé des cartes, mais toujours vivant dans les mémoires.
- Détails
- Clics : 425
Zug der Liebe : la parade qui se bat pour l’amour et la techno
Une nouvelle ère pour la culture techno à Berlin
Berlin a toujours su faire défiler la musique dans ses rues. Mais quand la Love Parade s’est arrêtée, un vide immense s’est ouvert dans le cœur des clubbers.
En 2015, une nouvelle vague a pris le relais — différente, plus engagée, plus intime : la Zug der Liebe.
Un nom qui parle de lui-même
Son nom signifie littéralement « train de l’amour ». Mais ce n’est pas qu’un simple cortège festif : c’est un événement où la musique électronique devient un porte-voix pour des causes sociales, culturelles et environnementales.
Chaque char, décoré et sonorisé, est associé à une association ou à un collectif défendant des valeurs comme la solidarité, l’inclusion, la tolérance, l’écologie ou les droits humains.
Une expérience unique
Imaginez : un après-midi d’été, le soleil éclaire les façades tandis qu’une file de camions ornés de bannières colorées traverse la ville au rythme des basses.
Sur les trottoirs, les passants oscillent entre surprise et sourire. Sur la route, des milliers de danseurs suivent la cadence. Pas de billets, pas de dress code : la Zug der Liebe est un espace public, ouvert à tous, où la techno se mêle aux slogans militants.
Une manifestation engagée
La Zug der Liebe privilégie une atmosphère conviviale et un engagement clair. On y croise autant de vétérans de la scène que de jeunes fêtards, et l’on retrouve ce mélange si berlinois : un DJ set pointu dans un esprit de manif joyeuse.
Pour les collectifs et clubs berlinois, c’est aussi l’occasion de sortir des murs et de rencontrer la ville autrement. Le long du parcours, les immeubles deviennent des gradins improvisés, les balcons vibrent au rythme de la musique, et la ville tout entière se transforme en dancefloor à ciel ouvert.
Un objectif central
Le but de la Zug der Liebe est de militer pour plus de compassion, de charité et d’engagement social.
L’événement est organisé par l’association Zug der Liebe e.V., qui regroupe des organisateurs d’événements, des musiciens, des professionnels des médias et d’autres passionnés de musique.
L’idée est de se démarquer des grands événements comme la Love Parade ou le Carnaval des Cultures, et de se positionner comme une démonstration politique promouvant la communauté, l’amour et la solidarité.
Une nouvelle vague
La Zug der Liebe incarne l’esprit de Berlin : une ville où la musique et l’engagement social se rencontrent pour créer une expérience unique et mémorable.
Chaque année, des milliers de personnes se rassemblent pour célébrer cette manifestation, faisant de Berlin un lieu où la techno et l’activisme se mêlent harmonieusement.
Vécu de l’intérieur : mon Zug der Liebe 2017
Le 1er juillet 2017, j’ai eu la chance de vivre la Zug der Liebe de l’intérieur.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Walter, de Berlin Techno Narrative, alias Walt Wellen sur la scène techno.
Cette année-là, le char breton était porté par l’association rennaise Enjoy! & Nox Family, avec, derrière les platines : GANEZ THE TERRIBLE, Flipo TlescoP, Morgasm, Ramaah, Walt Wellen, Bob Maxwell et Jacky Nox. Nous avons tous participé au char.
Malgré la pluie battante, quel plaisir de monter sur ce char et de mixer devant les Berlinois !
La sonorisation louée sur place, ainsi que les platines et retours que nous avions apportés, nous ont permis de partager notre joie et notre passion musicale.
Le défilé a emprunté l’un des parcours emblématiques de la Zug der Liebe, partant de l’extrémité nord de l’espace vert de la Bernauer Straße au Mauerpark – un lieu de rencontre incontournable à Berlin : Fête de la Musique, marché aux puces, musiciens de rue, aire de jeux arc-en-ciel, Nuit de Walpurgis, karaoké… Le Mauerpark est un témoignage vivant de la culture berlinoise.
Nous avons traversé la Schönhauser Allee, rejoint la Danziger Straße, passé par la Frankfurter Allee, puis traversé la Warschauer Straße en longeant le RAW.
Moment insolite : nous avons dû couper le son pour éviter de faire vibrer le pont au-dessus de la voie ferrée !
Enfin, arrivés au pied de l’Oberbaumbrücke, nous avons bifurqué sur la Stralauer Allee pour rejoindre le quartier ou se situe le club Wilde Renate et terminer en beauté dans sa rue, le Markgrafendamm.
Nos sets, oscillant entre Techno House et Techno, ont fait danser quelques curieux autour de notre char, malgré la concurrence de nombreux autres chars appartenant à des collectifs bien plus connus sur la scène berlinoise.
- Détails
- Clics : 1082












